Associations : l’important n’est pas de prévoir l’avenir mais de le rendre possible
Publié par L’équipe Fonda le 12 juin 2012

Associations : l’important n’est pas de prévoir l’avenir mais de le rendre possible

Extrait de la lettre "Partenaires et associations" du Crédit Mutuel - juin 2012

Les associations en 2020 : trois questions à Yannick Blanc, président de la Fonda

1 – La Fonda anime Faire Ensemble 2020. Pourquoi ce projet, et comment vous y êtes-vous pris ?

En 2010, avec de nombreux partenaires, nous avons proposé de faire le point sur la crise que nous traversons. Elle est multiforme, mais incite à la réaction, et laisse la place à la créativité. Les acteurs associatifs sont bien souvent pris par les urgences du quotidien. Or, dépasser la gestion de l’urgence nécessite d’être en capacité de se projeter loin, pour bâtir des stratégies : c’est le sens de la démarche Faire ensemble 2020. Nous avons mobilisé largement et défini une méthode en trois étapes : consulter des experts de tous horizons ; construire des scénarios permettant de prendre des options stratégiques ; mettre en débat les résultats, ce que nous avons engagé lors de l’Université d’Automne.

2- Selon vous, quels sont les principaux défis que le monde associatif doit relever ?

Les associations doivent relever simultanément trois défis : celui de la transformation de leur modèle économique ; celui de la mutation des comportements individuels et des formes de l’engagement ; celui de leur contribution à la vitalité de la démocratie. Elles les abordent avec des fragilités bien connues : la dépendance aux financements publics, la difficulté à faire évoluer leurs structures et à renouveler leurs dirigeants, la faiblesse de leurs stratégies de communication. Les associations sont une force sociale majeure mais elles exercent une influence politique mineure. Avec la crise de la dette, l’Etat perd irrémédiablement sa puissance tutélaire sur la société. Avec le chômage de masse, l’entreprise ne peut plus prétendre être un modèle de société. L’un comme l’autre ont besoin de renouer des relations avec leurs « parties prenantes », parmi lesquelles les associations.

3 - La démarche a révélé de fortes attentes à l’égard de la Fonda. Comment compte-elle y répondre ?

La bonne surprise de Faire ensemble 2020, c’est l’engouement que nous avons rencontré dans les réseaux associatifs pour la prospective. La Fonda se définit comme le think tank des associations mais à la différence de la plupart de ses homologues, elle ne fournit pas de « pensée » clés en main, elle suscite, éclaire, accompagne la réflexion dans le monde associatif. C’est une sorte de coopérative intellectuelle… Nous allons poursuivre ce travail en nous intéressant en premier lieu à la qualité de l’emploi associatif, aux questions de gouvernance et aux relations entre associations et entreprises.

Trois défis à l’horizon 2020

Les scénarios de prospective ne décrivent pas un avenir inéluctable mais imaginent des évolutions, toutes possibles, tant ils ne font que forcer le trait sur des tendances déjà présentes. Ils ont avant tout vocation à provoquer le débat, et permettre aux acteurs de prendre position, repérer leurs marges de manœuvre. Zoom sur trois enjeux majeurs pour l’avenir des associations.

Engagement : une reconfiguration du contrat individu/collectif

Les associations doivent faire face à une explosion de la demande sociale avec des moyens de plus en plus restreints et des contraintes techniques et juridiques de plus en plus fortes. Le recours à la ressource bénévole est essentiel pour limiter le risque de laisser pour compte des pans entier de la population. Et si l’on compte environ 16 millions de bénévoles, le mouvement de professionnalisation du monde associatif risque de rendre le bénévolat plus sélectif. Inversement, l’individu, plus contraint et plus exigeant, se montre lui aussi de plus en plus sélectif, voire taxé de volatilité. Assiste-t-on à une crise du militantisme, comme certains le déplorent ? Il semblerait plutôt que nous vivions une mutation de l’engagement, avec le passage d’un bénévolat anonyme et gratuit à un nouveau pacte, permettant l’articulation de motivations individuelles, personnelles et professionnelles, à l’action collective.
Contre le risque d’un élitisme associatif, il revient aux associations de saisir l’opportunité d’intégrer dans leur gestion des ressources humaines ces nouveaux moteurs de l’engagement, tout comme la capacité d’indignation des citoyens, dont la visibilité et l’impact peuvent être décuplés par les médias et les nouveaux réseaux sociaux.

Démocratie : un renouvellement à double-entrée

Alors que les institutions publiques peinent à se renouveler et que la démocratie est fragilisée, des formes et processus démocratiques germent dans le monde associatif : cyberculture, plaidoyer, désobéissance, contournement des inerties institutionnelles, recherche d’alternatives. Pour l’heure, toutes ces innovations ne fécondent pas la totalité du monde associatif. Il faudrait appliquer le même questionnement au rôle des associations dans le renouvellement de la démocratie qu’au renouvellement de la démocratie associative elle-même.

La question de la gouvernance, ou du partage du pouvoir au sein des associations ne fait-elle pas partie des priorités à traiter ? Le manque de parité et de diversité est souvent criant et présente des symptômes bien connus : manque de renouvellement des dirigeants, perte d’adhésion, décalages avec les attentes des jeunes et, dans certains cas, modalités insuffisantes d’implication des bénéficiaires.

par ailleurs, il conviendrait d’ouvrir un chantier sur la place des salariés  : la loi de 1901 n’impose rien, et les statuts associatifs, à de très rares exceptions près, ne font aucune place aux salariés dans les instances de décisions. Pourtant, reconnaître une égale légitimité aux salariés et aux bénévoles dans la définition et la mise en œuvre de leur politique devrait être une évidence pour les associations.

Comment exiger un renouveau des cadres de la démocratie sans traiter, en interne, ces questions, d’ordre bien plus culturel que juridique ?

Vers de nouvelles dynamiques territoriales

Les frontières entre l’interne et l’externe étant par définition poreuses dans le champ associatif, la réflexion autour des questions de gouvernance implique la prise en compte des partie-prenantes externes, les autres acteurs du territoire. Les conséquences de la nouvelle organisation des collectivités territoriales sont nombreuses : transferts de l’État vers les collectivités sans les moyens à la hauteur des exigences qu’on leur pose, déserts ruraux et ghettos urbains…

Quel que soit le scénario à l’avenir, le risque d’accroissement des inégalités territoriales est grand, avec en bout de chaine la crainte que ni les pouvoirs publics, ni les associations n’aient les moyens d’assumer à terme les besoins des plus défavorisés. Construire de nouvelles dynamiques territoriales, multiplier l’inter-associatif, mais aussi s’ouvrir aux acteurs économiques, c’est l’occasion pour bon nombre d’associations de libérer leur créativité, et de nouer de nouvelles solidarités de proximité, au plan urbain comme au plan rural. À condition de se donner les moyens d’une péréquation véritable.

Associations et économie : quelles ressources pour sortir de la crise ?

En l’absence de statistique publique, la CPCA et France Active ont lancé en 2011 une enquête auprès des responsables associatifs qui a permis de mieux évaluer leurs difficultés financières. Les résultats font apparaître une nette contraction des financements publics, en particulier ceux de l’Etat [1] , mais aussi un recentrage sur certains secteurs d’activité comme le médico-social au détriment de la solidarité internationale, de la culture ou de la défense des droits. Effet immédiat ? Pour la première fois en 2010, l’emploi associatif a baissé.

Par ailleurs, sur-interprétant les directives européennes, les pouvoirs publics ont de plus en plus recours au marché public au détriment de la subvention, ce qui a pour conséquence de placer les associations en situation de prestataires plutôt que de partenaires, mais surtout de les priver de leur espace d’initiative.

Enfin, si les financements privés, qui représentent [2] environ 5 % du budget total des associations ne constituent pas une alternative crédible, des partenariats commencent à se développer, sur des entrées aussi variées que le mécénat ou bénévolat de compétence, les achats responsables, l’embauche de personnes issues de parcours d’insertion, ou encore des actions de plaidoyer communes.

Comment faire de ces nouvelles contraintes l’opportunité d’innover dans une économie plurielle ? Quelles alliances construire pour concilier viabilité économique et utilité sociale ?

Commencer par utiliser les possibilités existantes

La contraction des financements publics invite les associations à diversifier leurs ressources  : recours aux dons et aux financements privés ou bancaires, participation à des appels d’offre, développement d’activités marchandes… En soit, cette diversification est plutôt gage de pérennité et d’autonomie. Elle a aussi pour conséquence de transformer profondément les métiers, avec une montée en expertise et des visions stratégiques devenues indispensables.

Par ailleurs, les associations ont le droit, voire le devoir, de se constituer des fonds propres. En aucun cas la loi de 1901 n’interdit de dégager des excédents : elle impose en revanche leur mise en réserve impartageable. Ce sont ces réserves qui permettent de sécuriser les activités, les emplois, ou d’amortir les décalages de trésorerie.
Enfin, pour donner une image fidèle des ressources, même bénévoles, les associations doivent veiller à valoriser l’apport en nature, ce quelles font encore insuffisamment.

Explorer un nouveau dialogue avec les entreprises

La montée en puissance de la RSE [3] , motivée avant tout par l’intérêt qu’y trouvent les entreprises, ouvre de nouvelles perspectives aux associations, qui par leur objet, leur activité et leur connaissance des besoins du territoire semblent tout indiquées pour être des partenaires de premier plan. Experts et partenaires du monde associatif se penchent sérieusement sur cette question et interpellent les associations encore frileuses : il est possible et souhaitable de concevoir des stratégies de partenariats « gagnant-gagnant » au service du BIEN COMMUN. L’enjeu de nouer des alliances avec les entreprises est de défendre la « biodiversité » économique de notre pays, et de concilier performance économique et utilité sociale. Comme le rappellent Hugues Sibille, président de l’Avise et Henry Noguès, président de l’ADDES, « de nouveaux partenariats sont possibles […]. Partout dans le monde, cette voie de progrès partagé rééquilibre les excès du jeu de la concurrence par celui de la coopération ».

C’est dans ce contexte que la capacité d’innovation des associations est appelée à jouer un rôle de premier plan, à condition de surmonter certaines faiblesses structurelles, comme la qualité des emplois, perfectible à bien des égards. En tout état de cause, face aux mutations qu’elles doivent engager, les associations ont plus que jamais besoin d’accompagnement pour assurer leur développement et leur pérennité.

Charlotte Debray, déléguée générale de la Fonda

Documents joints à cet article
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Notes

[169% des répondants indiquent une baisse de leurs financements publics.

[2Le budget annuel total des associations est d’environ 70 milliards d’euros.

[3La Responsabilité Sociale des Entreprise est la contribution des entreprises au Développement durable, autrement dit : une meilleure prise en compte des impacts sociétaux, économiques ou environnementaux de leurs activités sur leur "sphère d’influence".

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