Identité et multiculturalisme en France

Identité et multiculturalisme en France

jeudi 2 décembre 2010
avec Michel Wieviorka

Synthèse - fichier audio disponible sur le site

Petit déjeuner organisé dans le cadre de l’exercice de prospective « Faire ensemble 2020 », animé par la Fonda.

Le premier petit-déjeuner de rentrée de la Fonda avait pour thème « Identités et multiculturalisme en France ».

Ce débat a été introduit par Michel Wieviorka, sociologue, président de la Maison des Sciences de l’Homme. Partant du constat que valeurs universelles et particularismes existent dans notre société, il nous propose non pas de choisir entre les unes et les autres mais de les concilier. Car il y a un vrai danger à les voir se développer de manière séparée, avec leurs risques intrinsèques, l’injustice et la violence.

La réflexion sur cette question peut emprunter utilement à l’histoire du Québec et des Etats-Unis où elle a été traitée différemment, alors qu’en France la question de l’immigration et de l’intégration des populations qui en sont issues, avec la particularité de la place de l’islam, reste ouverte.

Le multiculturalisme, entendu comme la coexistence de différentes cultures au sein d’un même ensemble, est un fait dans notre pays. En revanche le multiculturalisme, entendu au sens d’une politique volontariste de reconnaissance des appartenances particulières et de groupes identitaires, soulève plusieurs difficultés en France, que Michel Wieviorka présente ainsi :

-  l’islam est une religion, non une culture, mais le débat mélange et confond les deux aspects ;

-  le multiculturalisme tel qu’il existe dans certains pays suppose la reconnaissance de groupes stables, alors que par nature les différences culturelles sont le fruit de production incessante : il y a donc une grande instabilité dans ces identités sous l’impulsion des individus ;

-  il y a des particularismes qui demandent seulement quelques adaptations pour vivre dans la société française, sans être forcément reconnus en tant que groupe ou entité particulière : une politique multiculturaliste n’est pas adaptée à ces cas, majoritaires dans notre société ;

-  le multiculturalisme a été pensé dans le cadre de l’Etat-Nation, qui est une certaine idée d’un ensemble (un territoire, une histoire, une culture en commun). Or aujourd’hui on est au-delà de la nation : ces identités culturelles et appartenances ont des caractéristiques supranationales.

Le multiculturalisme est ainsi difficile à développer en France. Faut-il l’abandonner ? Il faut sans doute plutôt trouver des moyens de respecter à la fois cultures et valeurs. La réponse selon Michel Wieviorka peut être de donner des « droits culturels » aux personnes, et non aux groupes.

A ces analyses, Rokhaya Diallo militante associative et fondatrice de l’association Les indivisibles, a réagi en constatant l’incapacité de la France à assumer pleinement sa diversité culturelle.

L’islam en particulier apparaît comme un problème aujourd’hui en France, notamment parce que les medias en font une lecture biaisée, culturelle et non simplement identitaire, et parce que des préjugés subsistent dans l’opinion publique. Cette tendance à attribuer des difficultés à des différences culturelles est dangereuse : ce sont les facteurs sociaux qui entrent en jeu le plus souvent. Les communautarismes islamistes par exemple sont le plus souvent le reflet de problèmes sociaux et non identitaires.

La liberté est l’élément essentiel de l’identité : les individus doivent pouvoir choisir leurs identités et appartenances, qu’elles soient culturelles, ethniques, religieuses, etc. Les identités diverses ne sont pas conflictuelles entre elles pour les personnes : on peut être à la fois pleinement français et algérien par exemple. Rokhaya Diallo a également évoqué le soupçon de communautarisme qui règne aujourd’hui en France dès lors qu’une personne ou un groupe affirme une identité particulière. La France a des progrès importants à réaliser dans son acceptation des identités, ce qui passe avant tout par un recul des préjugés, des raccourcis de pensée et une transformation des représentations stéréotypées liées aux appartenances identitaires et croyances religieuses. Les progrès à réaliser dans la représentation politique et la sélection des élites sont également frappants, afin qu’elles soient davantage le reflet de la diversité qui existe dans notre société.

Ces deux interventions ont suscité de nombreuses réactions parmi les participants. On en retiendra trois pour cette présentation.
-  Où en est la vie associative sur ces questions ? Comment reconnaître la légitimité des associations identitaires dans l’espace public, tout en évitant la juxtaposition de groupes identitaires dans l’espace public, sans liens entre eux ? Comment éviter que des associations identitaires ne se transforment en associations communautaristes ?

-  Il serait intéressant pour progresser de parler plutôt de valeurs partagées que de valeurs universelles en en soulignant l’enjeu fondamental : le respect de la personne. Il faut en effet que l’idéal républicain se confronte à la réalité. Les médias contribuent à un affolement sur ces questions, avec de mauvaises phrases, des représentations biaisées, qui débouchent sur la méfiance, voire la haine.

-  Enfin, ces références/valeurs universelles doivent faire l’objet d’une construction sociale par le débat public, pour qu’elles ne soient pas des identités portées par les élites s’imposant à tous les autres.

Jacques Remond

Documents joints à cet article
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