Le bénéfice associatif c’est capital !
Publié par L’équipe Fonda le 5 novembre 2009

Le bénéfice associatif c’est capital !

En partenariat avec le CNAR Financement, porté par France Active, et avec le soutien de la Fondation du Crédit Coopératif, la Fonda a conduit un travail relatif à la structuration financière des associations.

Vous trouverez ci-joints la note de propositions élaborée à l’issue de ce travail, le dossier publié par Juris Association sur thème et le guide réalisé par le CNAR Financement sur ce sujet des fonds propres des associations.

Les associations ont besoin de dégager des excédents et de constituer des fonds propres afin d’assurer leur autonomie financière.

Des fonds propres, pour quoi faire ?

Ressources stables de toute organisation, les fonds propres sont nécessaires aux associations pour :

 Assurer le financement partiel de leurs investissements, qu’ils soient matériels ou non.

 Permettre de sécuriser le fonctionnement de l’association en disposant d’une trésorerie suffisante pour faire face à ses engagements (compte tenu des délais de paiement parfois très longs des administrations françaises et européennes). Détenir des fonds propres, c’est garantir la continuité de l’exploitation dans l’intérêt des bénéficiaires, des partenaires et des salariés.

 Faire face à l’imprévu et aux risques de déficits.

 Pouvoir emprunter auprès des établissements bancaires, dont l’analyse du risque repose notamment sur le niveau de fonds propres (la notation imposée aux banques par la réglementation renforcera cette exigence).

 Financer la recherche et lancer des projets susceptibles de répondre aux nouveaux besoins.

Au final tous ces motifs n’en servent qu’un : celui de donner les moyens aux membres d’une associa-tion de mettre en œuvre l’objet social auquel ils adhérent.

Comment constituer des fonds propres ?

Pour réunir des fonds propres, les moyens ne sont pas très nombreux.
 Structures juridiques sans obligation de constitution de capital, les associations ne bénéficient pas de cette ressource initiale qu’ont la plupart des sociétés commerciales. Elles peuvent néanmoins bénéficier d’apports (avec ou sans droit de reprise), de mécénat (don, donation ou legs) ou depuis peu de financements par le biais de fonds de dotation.

 Dans le cadre de certains secteurs d’activité, il existe la possibilité de constituer des provisions réglementées (ex. réserve pour investissement, pour fonds de roulement …).

 Des associations peuvent bénéficier de subventions d’investissement.

 Enfin la réalisation et l’accumulation d’excédents, affectés au fonds associatif, aux réserves ou au report à nouveau, sont le moyen le plus important de leur constitution et de leur préservation.

L’association peut aussi mobiliser des ressources stables qui ne sont pas des fonds propres au sens comptable mais peuvent sous certaines conditions être considérées comme des quasi fonds propres :

 recours à l’épargne via l’émission de titres associatifs ou d’obligations

 recours à l’emprunt bancaire à long terme, prêts participatifs et titres subordonnés.

A la lecture de ce catalogue, nous percevons bien que la réalisation d’excédents générés par l’exploi-tation de l’association elle-même est le point de passage obligé.

De nombreux obstacles existent

Nous constatons une forme culturelle d’aversion des acteurs associatifs et de leurs partenaires à la réalisation et la conservation d’excédents.
En effet,

 la plupart des financeurs réduisent les subventions après une année bénéficiaire et ne s’engagent que sur présentation d’un budget équilibré,

 les responsables associatifs sont tentés de dépenser la totalité du budget avant la fin de l’année (attitude renforcée par la pratique des financeurs publics évoquée ci-dessus),

 les donateurs souhaitent n’apporter leur soutien qu’à l’action et non à la constitution des réserves.

D’ou vient cette aversion ?

Les raisons principales nous semblent être :

 L’organisation de nombreuses associations est imprégnée du fonctionnement de la puissance publique (notamment l’État) qui a ignoré pendant longtemps la notion de bilan, de fonds propres, d’amortissement, de fonds de roulement. En effet, les dépenses publiques sont assurées par des allocations budgétaires, qu’il s’agisse de fonctionnement ou d’investissement.

 L’administration fiscale a longtemps retenu comme critère de requalification la recherche systématique d’excédent, créant ainsi une sorte de « culpabilité » de l’excédent. Pourtant, la loi de 1901 n’interdit pas les excédents, mais uniquement leur distribution.

 A l’origine, un grand nombre de démarches associatives visait à répondre à l’urgence. Les fonds réunis étaient totalement affectés à l’action. Le rapport à l’argent ambigu qu’entretiennent certaines associations vient sans doute en partie de cette pratique.

 Enfin il faut souligner qu’il n’existe pas pour les associations, l’équivalent du capital des sociétés commerciales, constitutif de fonds propres et apporté par les actionnaires ou les associés, dans l’espoir que l’entreprise dégage un bénéfice pour en retirer un dividende.
Cette différence n’est pas que technique mais s’explique par la nature même de l’association qui repose sur le don et par conséquent sur l’absence de contrepartie financière. Le passif du bilan d’une société est classé par ordre croissant d’exigibilité des dettes. La dette des actionnaires (les fonds propres) n’est exigible qu’à la dissolution de la société. Or les fonds propres d’une association ne sont pas une dette. Comment alors les qualifier comptablement et financièrement ?
On peut, pour répondre à cette question, s’inspirer d’une notion qui existe déjà dans les fondations et associations reconnues d’utilité publique, celle de dotation*.

 La loi du 11 juillet 1985 créant le titre associatif n’a pas atteint son objectif de substitut au capital, sans doute en raison de l’absence totale d’intérêt pour le souscripteur (risque, remboursement aléatoire, faible rémunération, absence de plus-value) et de la grande complexité de mise en œuvre pour l’émetteur.

En conséquence, c’est l’excédent d’exploitation qui peut à long terme, et de manière récurrente, créer des fonds propres pour les associations.

Des propositions pour répondre aux besoins de fonds propres des associations

Nous avons identifié 4 axes de réflexion pour avancer dont le premier nous semble fondamental.

Construire une culture de l’excédent

Les excédents dégagés par l’exploitation sont les seuls moyens permettant d’assurer toute stratégie durable de constitution, consolidation et de préservation des fonds propres associatifs. Pour lever les freins actuellement existants en la matière, nous proposons de mettre en œuvre la stratégie et les actions suivantes :

Clarifier les enjeux juridiques de la dévolution des fonds propres

Nous proposons de préciser juridiquement la notion de dotation associative afin de répondre aux interrogations des financeurs privés ou publics sur la destination des fonds en cas de cessation d’activité. En effet, même si la question semble plus théorique que réelle, du fait que peu d’associations en bonne santé financière cessent leur activité, la plupart des réflexions sur les fonds propres associatifs aboutissent à l’interrogation sur leur devenir. La Fonda propose, en conséquence, de prévoir dans les statuts la dévolution des biens à une ou plusieurs associations ayant un objet statutaire analogue en cas de cessation d’activité. Le contrôle de cette dévolution ou de la liquidation doit être confié à un mandataire liquidateur désigné par l’assemblée générale.
Ce type de disposition pourrait être intégré dans le cadre :

 des conventions conclues entre les pouvoirs publics et les associations,

 des dispositifs d’agréments et de reconnaissance.
Ceci permettrait de lever un des freins existants à la réalisation d’excédents par les associations subventionnées.

Généraliser le non-amortissement des subventions d’investissement

Il est fréquent en matière de comptabilité associative de réduire, au passif du bilan, la subvention d’investissement afin d’en faire un produit au compte de résultat, pour un montant équivalent à l’amortissement du bien financé. De ce fait, l’amortissement ne pèse pas sur le compte de résultat mais l’association s’appauvrit en fonds propres.
Notre proposition vise à ce que les produits de l’association, donc le prix des services rendus, permettent d’assumer les amortissements sans diminuer la subvention d’investissement (si une partie du capital d’une société commerciale est consacrée à leur investissement, l’amortissement de cet investissement n’entraîne pas une réduction du capital ; c’est bien à l’exploitation de supporter cette charge). Cela implique pour les financeurs de le prendre en compte et le préciser dans leur notification d’octroi et dans la convention d’attribution.

Sensibiliser tous les acteurs à ces enjeux

Pour y parvenir, nous proposons :

 Une saisine du Conseil National de la Vie Associative (CNVA) sur l’enjeu pour les associations de réaliser des excédents et de se constituer des fonds propres. Le groupe de travail en charge de préparer l’avis du CNVA serait composé de représentants de l’ordre des experts comptables, de la compagnie nationale des commissaires aux comptes, des autorités bancaires et financières, ainsi que de représentants du ministère de l’économie et des finances et de représentants de différents secteurs associatifs.

 De sensibiliser les contrôleurs budgétaires et comptables ministériels sur l’intérêt pour les associations de consolider leurs fonds propres et, par conséquent, de réaliser des excédents. Outre la diffusion de notre dossier à l’ensemble des services ministériels octroyant des financements à des associations, il est proposé d’engager une démarche particulière en direction du ministère des finances (« Bercy ») afin qu’il se penche sur ce sujet et travaille au recueil et à la diffusion de bonnes pratiques en la matière. Cette sensibilisation devrait être complétée par une action en direction des associations représentatives des collectivités locales (ARF, ADF, AMF …).

 De demander une adaptation du dossier unique de demande de subvention en y incluant une mention sur l’intérêt de réaliser des excédents et la possibilité de présenter un budget en excédent.
 Que le guide réalisé par France Active (le CNAR financement) sur les fonds propres et l’intérêt de réaliser des excédents soit diffusé le plus largement possible.

 Enfin, de conduire une action de communication en direction du grand public (presse, site internet…), des principaux centres de formation de la fonction publique et des futurs managers associatifs.

Renforcer la culture financière des acteurs associatifs

A cette fin, nous proposons :

 De capitaliser et valoriser les pratiques dans le monde associatif visant à professionnaliser la fonction financière : Direction Administrative et Financière partagée, formation mutualisée de trésoriers.

 De lancer une étude de faisabilité sur la mise en place d’une « hot line » apportant conseils juridiques et financiers aux responsables salariés ou bénévoles associatifs (cf. INFOREG, SVP, …). Cet outil pourrait être constitué à partir de la mutualisation de ressources humaines des fédérations et coordinations associatives, ce qui aurait pour effet de renforcer ainsi l’expertise disponible. Les principaux partenaires de la vie associative pourraient aussi mettre à la disposition de cette plateforme des « ressources humaines expertes » afin de renforcer la professionnalisation du secteur associatif (ex. sociétés d’assurances sur les questions de responsabilité civile et pénale, banques sur les questions de financement bancaire, …). L’Avise pourrait servir de support à un tel outil. Parallèlement, il conviendrait de mobiliser les dispositifs d’accompagnement existants (DLA, ordre des experts comptables, compagnie nationale des commissaires aux comptes) sur le développement d’une culture de l’excédent.

 Sensibiliser les fédérations et les réseaux associatifs à la réalisation d’excédents pour la constitution de fonds propres, en développant par exemple des formations (voir le modèle des formations aux comités d’appui des DLA réalisé par le CNAR Financement, où sont présents les réseaux associatifs, les collectivités, les services déconcentrés de l’Etat, les DLA).

Ces actions n’auront d’impact que si, dans le même temps, tout acteur associatif se saisit, dans le cadre de ses activités, de l’opportunité de plaider pour la culture du résultat et du nécessaire renforcement des fonds propres des associations.

Favoriser l’accès des associations aux outils bancaires

Aborder la discussion sur les fonds propres associatifs pose la question de la relation des associations avec le secteur bancaire. En effet, l’accès au crédit est souvent déterminé par les équilibres du « haut de bilan » des associations. C’est pour cela que nous proposons :

 d’engager une action de sensibilisation du « milieu bancaire » pour envisager avec lui l’intérêt et la pertinence de saisir les autorités financières (commission bancaire, Banque de France) sur la question de la notation bancaire des associations. L’objectif serait de permettre une modération de l’exigence de fonds propres pour les associations principalement financées sur fonds publics. Dans ce cadre la stratégie pourrait être la suivante :

-  Solliciter l’avis des principales banques sur l’enjeu pour les autorités bancaires de se saisir de ce dossier.

-  Solliciter une rencontre avec les responsables de la Fédération Française des Banques sur ce sujet.

-  Proposer l’organisation d’une rencontre avec les principaux regroupements associatifs afin de les sensibiliser à ces questions et envisager avec eux l’opportunité d’engager une démarche concertée.
-  Saisine de l’administration des finances (direction du Trésor) de l’enjeu de la notation bancaire des associations.

-  Saisine de la Banque de France pour qu’elle « ouvre » le dossier.

-  Sensibilisation du médiateur du crédit sur la question du financement bancaire des associations.

 Que soit mis en place auprès de la Banque de France un observatoire de la sinistralité associative. En effet, il serait utile à l’ensemble du secteur associatif d’objectiver le risque associatif et la capacité de résistance des associations en cas de difficultés financières. Ceci permettrait d’avoir un point de référence par rapport aux statistiques des sociétés commerciales.

 De développer les outils de garantie bancaire et les apports en quasi fonds propres, qui sont un levier significatif pour faciliter l’accès au crédit bancaire (Cf. France Active, Sogama).

Nous pouvons aussi citer pour mémoire les travaux conduits par France Active sur la mise en place d’un factor associatif et le financement du besoin en fonds de roulement.

Ouvrir le mécénat aux enjeux de constitution des fonds propres

Le mécénat constitue un outil largement soutenu par les pouvoirs publics par le biais des réductions d’impôts qui y sont attachées. Tout en travaillant au développement de l’esprit philanthropique, il conviendrait de sensibiliser les associations et les donateurs sur l’intérêt d’orienter davantage les dons vers la constitution de fonds propres, moyens indispensables au renforcement de l’autonomie et de la pérennité des projets associatifs.

Développer un investissement sociétal

Enfin, il conviendrait de renforcer les outils de mobilisation de l’épargne des particuliers et des entreprises. La Fonda considère qu’il serait utile de développer des outils et une culture de l’investissement sociétal. Le groupe de travail propose donc :

 De développer et diffuser le contrat d’apport.

 De solliciter l’extension au titre associatif du bénéfice des dispositions de la loi TEPA, ainsi que le bénéfice de la réduction de l’impôt sur le revenu pour l’investissement dans les PME.

 De créer des fonds communs de placement sociétaux sur le modèle des Sofica ou FCPI. Ces fonds créés sur une base sectorielle ou territoriale permettraient le financement de projets d’utilité sociale en contrepartie d’une rémunération plafonnée à celle du titre associatif. L’investissement dans ces fonds devrait être assorti du même avantage fiscal que celui pour l’investissement dans le capital des PME (réduction d’impôt de 25% en contrepartie d’une durée minimale d’investissement de 5 ans). Un des avantages de création de tels outils d’intermédiation financière serait de limiter des confusions et la prise d’intérêts personnels (pas obligatoirement financier) qu’un investissement direct peut revêtir.

CONCLUSION : AVANCER POUR ETRE CREDIBLE !

En conclusion, le groupe de travail considère qu’il est indispensable pour le mouvement associatif et ses partenaires de soutenir le développement d’une "culture de l’excédent" et de définir ensemble les conditions et les règles de constitution de fonds propres associatifs nécessaires à l’autonomie financière des associations et à la consolidation de leur rôle économique.

Pour les associations, ce serait une marque de professionnalisme et un facteur de crédibilité ; pour les pouvoirs publics, un signe tangible de reconnaissance du rôle des associations comme partenaires des politiques publiques ; pour les donateurs et les investisseurs, la promesse d’un impact durable de leur engagement financier.

Tout ceci représente un enjeu social majeur, mais aussi de crédibilité de la démarche associative.



Dossier réalisé avec l’aide du CNAR financement

A télécharger :
- la note de la Fonda
- le dossier paru dans Juris Associations
- le guide du CNAR financement

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Documents joints à cet article
Fonda fonds propres - PDF - 729.2 ko
dossier Juris associations - PDF - 1.8 Mo
guide CNAR financement - PDF - 2 Mo

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