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Rapport d'orientation 2008
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Rapport moral et d’orientation

La dernière assemblée générale, le 24 avril 2007, avait défini clairement les axes de travail qui structuraient notre projet, en exprimaient le sens et la cohérence et lui assuraient sa lisibilité. Nous avions ensuite adopté un mode de travail nous assurant les meilleures conditions de mobilisation de la diversité des ressources – d’expériences, de compétences et de temps – de nos membres et partenaires. Enfin, nous en avions tiré les conséquences que cela impliquait pour notre gouvernance et notre stratégie financière. Je résumais ainsi ces choix à la fin du rapport moral et d’orientation que vous aviez adopté à l’unanimité : « Accroître la lisibilité et la visibilité de notre projet, élargir notre sociétariat, nos partenariats et notre audience, élaborer une gouvernance largement ouverte et participative, faire de l’ensemble Fonda et Fonda régionales une véritable dynamique inter-associative et changer notre modèle économique pour accroître notre autonomie financière… tout se tient, le contenu et la forme de notre ambition et les moyens de la réaliser. » Le rapport d’activité du conseil d’administration vous présente comment ces choix ont été mis en œuvre, depuis cette dernière assemblée générale. Je n’y reviens pas. Je voudrais ici simplement souligner ce qui me semble avoir inspiré l’ensemble de la démarche, le chemin parcouru et celui qui reste à parcourir. S’il n’est qu’un seul mot pour qualifier cette démarche, ce serait celui d’ouverture.

Ouverture de la Fonda à la diversité croissante des formes et des enjeux de l’engagement associatif

Ce premier niveau d’ouverture se joue sur deux plans :

Être à l’écoute des problématiques et dynamiques associatives nouvelles

Celles qui travaillent le monde associatif organisé (renouvellement de ses bénévoles et de ses salariés, nouvelles tensions dans ses modes de fonctionnement liées à l’individuation de l’engagement, influence des Ntic sur ses modes d’organisation mettant en tension les structurations pyramidales stables et les réseaux ouverts à géométrie variable, renouvellement des logiques sectorielles et intersectorielles, accompagnement et évaluation du développement des associations, nouvelles conditions de leur ancrage territorial…) et celles qui sont à la source de l’émergence et du foisonnement de nouvelles associations et mobilisations collectives (groupes informels construits sur la proximité, groupes et mobilisations issus de quartiers et populations aux marges des circuits de représentation institutionnelle, importance des phénomènes identitaires dans les logiques de construction collective, attention aux problèmes et enjeux de société qui constituent des points aveugles des politiques publiques comme, très souvent aussi, des réseaux associatifs qui en dépendent…). Par nos études, expérimentations, séminaires et colloques divers, par ce que nous apportent nos membres porteurs de ces nouvelles dynamiques associatives, et par nos relations avec les Fonda régionales et groupes régionaux, nous nous sommes assurés cette écoute attentive et proactive d’un monde associatif en constant renouvellement.

Ouvrir, rajeunir et diversifier notre propre sociétariat

L’image de la Fonda était devenue, aux yeux de beaucoup, celle d’un « club » relativement fermé et élitiste réunissant des « personnalités » du monde associatif qui se cooptaient entre elles. On n’imaginait pas pouvoir faire acte de candidature à la Fonda. Il fallait, croyait-on, attendre (et mériter ?) d’être sollicité. Cette image était, pour partie, le fruit de son histoire (les statuts initiaux prévoyaient trois parrainages pour adhérer à la Fonda), pour partie aussi, le reflet de la nature même de la Fonda, une association de « personnes physiques » personnellement engagées dans la diversité du monde associatif et non une association de « personnes morales » représentant cette diversité. Ouvrir la Fonda à de nouvelles forces militantes nous imposait de sortir de cette logique d’un « entre soi » inéluctablement menacé de rétrécissement et de changer l’image de la Fonda au sein et en dehors du monde associatif. Et cela sans rien perdre de la qualité humaine, en compétences, en convictions et en convivialité, qu’elle avait su réunir. Cela fut fait en travaillant sur la communication et les relations extérieures de la Fonda, en supprimant tout obstacle statutaire à l’adhésion (sur simple demande de toute personne cherchant à la Fonda, dans les valeurs dont elle se réclame, dans la nature de son projet et de sa démarche et dans son programme de travail, les moyens de conforter, de valoriser et de partager son propre engagement associatif) mais aussi en supprimant l’obstacle éventuel du montant de la cotisation… Le résultat de cette effort est encourageant : 136 adhérents en 2006, 256 en 2007. Notre sociétariat a quasiment doublé en un an, il s’est rajeuni et diversifié. Il appartient à la qualité de nos travaux et du portage de leurs résultats sur la place publique, à notre savoir- faire et à notre faire-savoir, de développer encore et plus loin, dans son travail et dans sa composition, cette stratégie d’ouverture de la Fonda aux réalités nouvelles de l’engagement associatif.

Ouverture de la Fonda à la diversité de ses partenariats

La Fonda par et pour le monde associatif. Mais aussi la Fonda avec toutes les autres forces vives de son environnement. En se parlant entre soi, le monde associatif construit la parole qu’il adresse aux autres. Et la Fonda veut être un vecteur de construction et du portage de cette parole associative. Mais il ne suffit pas de parler aux autres, il faut les écouter. Bien plus, il faut non seulement entendre ce que les autres nous disent, mais construire avec eux ce que nous avons à dire ensemble. Bref, il faut à la Fonda et, par elle, au monde associatif, des partenariats de production de la parole et de l’action associative. Cette volonté d’ouverture partenariale fut une inspiration constante de notre engagement.

Partenariat avec les pouvoirs publics

Ce n’est pas le plus facile bien que – et même parce que – ce soient les « relations extérieures » les plus anciennes et les plus évidentes du monde associatif. En effet, dans ce cas, le modèle de relations dominant n’est pas le partenariat mais la dépendance. C’est pour sortir de cette logique tutélaire que la Fonda avait travaillé, dès 1998, sur ce qui allait devenir, en 2001, la charte d’engagements réciproques signée entre le Premier ministre, les ministres concernés et la Cpca. L’équilibre et la réciprocité des relations sont inscrits dans la Charte ; ils ne sont pas pour autant entrés dans la réalité des relations entre pouvoirs publics et associations et encore moins dans les représentations que les pouvoirs publics en ont. Avec le monde « politique » certes, élus nationaux et locaux, nous avons considérablement fait évoluer les choses. De séminaires en colloque et en débats locaux, nous avons pu progressivement définir ensemble les conditions d’un dialogue plus équilibré, fondé sur la reconnaissance de l’apport spécifique de chacun et de la nécessité d’un véritable « partenariat de production du bien public » entre élus et associations. Avec les administrations, en revanche, les choses évoluent moins vite. Difficile d’échapper à la logique de la commande publique et des appels d’offre. Même quand nous arrivons à négocier une convention pluriannuelle d’objectifs il est difficile d’y inscrire la réalité de notre « projet associatif ». L’appareil d’État demeure apparemment l’élément du système politique français le plus aveugle aux nouvelles nécessités partenariales de l’action publique. Ce n’est qu’en changeant radicalement l’environnement dans lequel il doit inscrire son action qu’on peut espérer le voir un jour se guérir de l’autisme dans lequel il s’est enfermé. Toutefois, certains responsables administratifs en sont personnellement déjà convaincus. C’est avec eux que nous avons commencé à bâtir ces nouveaux partenariats de co-construction du projet de la Fonda, notamment grâce à leur participation à nos forums.

Partenariats de co-production du projet et de l’action de la Fonda

En invitant dans nos forums nos partenaires à venir discuter avec nous des fondements de notre projet, des axes structurant sa mise en œuvre et de son programme de travail, en sollicitant leur participation active à la construction des trois dimensions – éthique, théorique et pratique – de notre ambition, nous avons engagé une véritable co-production de notre projet et des actions qui l’incarnent. Les recherches-actions participatives qui en ont découlé (l’accompagnement avec nos partenaires associatifs de la Cpca et de ses coordinations, les différentes problématiques communes aux « entreprises » de l’économie sociale avec Chorum, la Macif et le Crédit coopératif, les relations élus/associations et le renouveau du politique avec le Parlement et des collectivités locales, le bénévolat économique avec France Initiative…) ont commencé à expérimenter une façon nouvelle de travailler ensemble sur une question centrale de nos propres interrogations et de la construction de notre projet associatif mais qui constitue en même temps une préoccupation non moins essentielle pour nos partenaires et leur propre stratégie de développement. Cette rencontre d’intérêts différents et cette conjugaison de nos compétences respectives dans une action conjointe représentent en même temps la marque la plus évidente de l’ouverture de la Fonda sur son environnement partenarial et l’inauguration d’un nouveau modèle économique susceptible d’assurer le développement de la Fonda, en même temps que son émancipation à l’égard d’une trop grande dépendance de subventions publiques appelées inévitablement à se tarir.

Ouverture de la Fonda aux évolutions sociétales et mondiales

À l’écoute du monde Cette volonté d’ouverture de la Fonda sur la diversité des engagements associatifs et sur la diversité de ses partenariats nous a conduits non seulement à adapter à cette ambition notre mode de production, notre gouvernance et notre modèle économique mais aussi à préciser la façon dont notre projet s’inscrivait dans les évolutions du monde et à nous donner les moyens d’une écoute attentive et constante de ces évolutions. être à l’écoute du monde ne signifie pas, pour nous, nous installer dans une posture d’observateur extérieur à ce qu’il observe, mais au contraire pratiquer une écoute active visant à traduire les questions que nous pose l’évolution du monde en principes d’action et en programme de travail. Le document que nous avions élaboré pour présenter notre projet et notre programme de travail à nos partenaires, le 15 janvier dernier, est la meilleure illustration de cette volonté d’inscrire le sens de notre projet et de sa mise en œuvre formalisée par un programme de travail, dans une analyse de l’évolution sociétale et mondiale. Pour la première fois, dans un document de la Fonda, nous nous étions efforcés, de mettre en cohérence et en continuité :
- l’analyse du contexte sociétal et mondial conduisant en même temps à un délitement du tissu social et à une fragilisation du lien social ;
- le défi que cela posait aux associations et plus particulièrement à la Fonda dans son rôle de laboratoire d’idées et de tête chercheuse du monde associatif ;
- un programme et des méthodes de travail adaptés.

Il reste à l’assemblée générale à valider ces orientations et à affiner notre programme de travail, mais aussi à en tirer toutes les conséquences en matière de gouvernance et de modèle de développement économique de la Fonda. à plusieurs reprises, Roger Sue nous avait invités à préciser le sens politique de notre projet. Il avait raison ; le projet de la Fonda est à l’évidence un projet engagé. Mais, si parler d’orientation politique de la Fonda peut être mal interprété nous pourrions, pour qualifier l’engagement de la Fonda, parler de son projet comme d’un projet « en situation » reprenant la définition sartrienne de l’engagement qui correspond bien à notre mode d’ouverture au monde.

À l’écoute des porteurs d’idées à l’évidence, cette volonté d’ouvrir la Fonda à la prise en compte des grandes évolutions sociétales qui déterminent le contexte dans lequel les associations sont appelées à se situer ne peut se faire sans l’écoute, la rencontre et le dialogue avec tous ceux, universitaires, écrivains, acteurs sociaux, dont les idées offrent des clés indispensables pour identifier, analyser et comprendre ces évolutions. Il est frappant en effet de constater que si d’un côté se sont effondrées les idéologies qui prétendaient fournir la clef d’une appréhension globale du « sens de l’histoire » et répondre par là à notre propre « quête de sens », d’un autre côté les recherches philosophiques et sociologiques actuelles sont d’une exceptionnelle richesse pour explorer les nouvelles dimensions de la façon de « faire société » et d’en conduire les développement dans un monde de plus en plus complexe et incertain. Deux axes de travail s’imposent :
- nous disposons d’un panel de partenaires universitaires de grande qualité. Ils participent, individuellement et au cas par cas, à tel ou tel de nos travaux mais nous n’avons pas su jusqu’ici les constituer comme une force collective apte à discuter et porter ensemble notre projet, notamment auprès de leurs collègues universitaires et chercheurs et des doctorants représentant les futures générations universitaires. A fortiori, nous n’avons pas su les solliciter pour mobiliser ces autres ressources intellectuelles et en émergence pour vivifier et enrichir encore le projet de la Fonda. Henry Noguès a bien voulu accepter de participer à l’organisation de cette tâche collective essentielle ;
- avec nos « petits-déjeuners » à la Maison de l’Europe, cycle de conférences débats dont Pierre Vanlerenberghe a organisé et animé la première série, nous avons inauguré un nouveau mode de relations fondées sur la réciprocité des échanges entre responsables associatifs et porteurs d’analyses et d’idées nouvelles dont le monde associatif a besoin pour reconstruire le sens et la pertinence de ses projets. Très appréciés de ceux qui y participent, ces petits déjeuners contribuent aussi à manifester le dynamisme et l’ouverture des démarches de la Fonda.

Dans mon dernier courrier aux adhérents de la Fonda, je soulignais que l’état actuel de la Fonda, sa structure de travail, son mode de gouvernance, ses partenariats, l’équilibre de ses finances et son modèle économique lui permettaient d’envisager avec optimisme les prochaines étapes de son développement. Cette réussite nous la devons à la conviction, la solidarité, et, quant il le fallait, la ténacité de nos adhérents et particulièrement des membres de notre conseil d’administration et de notre bureau. Nous le devons aussi à la formidable petite équipe de salariés emmenée par Christophe Boyer. Au-delà de la qualité de son projet et de sa santé financière désormais rétablie, c’est la qualité humaine de ses membres bénévoles et salariés qui font la force de la Fonda et lui garantissent son avenir. C’est donc, ainsi que je le disais dans ce dernier courrier, avec sérénité que je puis aujourd’hui transmettre la charge de conduire les développements futurs de la Fonda à un nouveau président. Je suis heureux que le bureau et le conseil d’administration sortants aient demandé à Pierre Vanlerenberghe d’accepter cette charge et je suis encore plus heureux qu’il ait accepté, sachant que la décision appartiendra évidemment au conseil d’administration que vous allez élire. Les qualités de compétences, de convictions et de rigueur de Pierre sont un atout précieux pour la Fonda. Nous lui devons le succès de ce premier cycle de conférences débats, nous lui en devrons bien d’autres encore demain. Avec lui et avec vous tous, la Fonda tiendra toutes les promesses que le monde associatif est en droit d’attendre d’elle.

CC by-nc-sa

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Publié par Jean-Pierre Worms
Vice - président
le 2 octobre 2008

Documents joints


Rapport orientation 2008
(PDF - 70 ko)

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