
RAPPORT D’ORIENTATION 2008-2009
Pierre Vanlerenberghe, président
Lors de la dernière Assemblée générale a été défini un ambitieux programme de travail. La première tâche du bureau a été de le lancer en mettant à la disposition des groupes de travail et des membres de l’association des outils performants. Ceci a fait l’objet du rapport d’activité.
La Fonda a montré durant cette dernière année qu’elle avait la capacité de répondre aux défis qu’elle s’est donnés en suivant les grandes lignes directrices définies en 2007 et 2008. Ces dernières peuvent être précisées et complétées à la lumière d’une réflexion sur ce que nous souhaitons être, un think tank au service du monde associatif, ce qui devrait nous permettre de préciser notre vocation, le contenu de nos travaux, notre positionnement stratégique. Tel sera l’objet essentiel de ce rapport. Mais nos assemblées avaient également arrêté de nouveaux modes de fonctionnement. Il est nécessaire d’y revenir en premier lieu afin d’évaluer notre capacité à impulser les orientations proposées.
Notre mode fonctionnement s’est amélioré, il nous faut poursuivre l’amélioration de nos modes de production
Nos objectifs sont atteints mais il est nécessaire de procéder à quelques ajustements afin d’améliorer la qualité de notre vie démocratique, le rythme et nos méthodes de production, l’approfondissement de notre modèle économique.
Mieux faire participer nos adhérents aux débats initiés au CA et dans les groupes de travail
Le bureau réduit à huit membres a trouvé son rythme de croisière pour assurer la gestion collective de l’association et préparer les orientations à soumettre au Conseil d’administration. Ce dernier trouve progressivement sa place comme nous l’ont montré les deux réunions qui ont traité de la crise et de ses conséquences sur nos travaux. Il ne faut pas cependant s’interdire d’augmenter le nombre de participants au bureau ou au CA lorsque cela s’avèrera nécessaire, notamment si de nouvelles questions devaient y être traitées.
La principale novation consisterait à mieux informer nos adhérents sur les délibérations de nos instances : les compte rendus du bureau seront envoyés aux membres du CA ; les compte rendus du CA, en leur intégralité ou en version condensée, pourraient être envoyés aux adhérents ou mis à leur disposition sur le site. Au-delà de l’élargissement du contrôle démocratique que cela permet, ce qui est prioritairement visé c’est une meilleure qualité de débat interne qui ne soit pas réduit à celui des groupes de travail ou des colloques-séminaires.
Avec la mise en pratique de ce que nous avons déjà retenu, à savoir la possibilité pour un groupe de travail de mettre en débat sur le site une de ses productions en cours, nous pourrions ainsi améliorer sensiblement le courant d’échanges au sein de notre association. Il nous faut mieux utiliser le site.
Diversifier nos types de productions
L’association rencontre une difficulté certaine à accélérer son rythme de production malgré les moyens modernes mis à notre disposition. Pour dépasser cette difficulté, il nous faudra diversifier nos productions et sortir du modèle - qui a fait ses preuves et qu’il faut maintenir- qui consiste à ne rendre public que des textes fruits d’un long processus de débat interne à un groupe, de consultations, de séminaires. Nous n’avons pas à prendre position sur tout ce que nous travaillons, ce qui exige souvent une lente maturation ; nous pouvons mettre en débat sur notre site ou à l’extérieur des éléments de dossiers qui ne sont pas tranchés ; nous pouvons valoriser des prises de position individuelles moyennant le respect de certaines règles qui relèvent de la modération que les responsables de groupe doivent exercer. Ainsi, lors du Colloque du 21 mars dernier sur « Renforcer la démocratie en Ile de France, un enjeu entre élus locaux et associations », nous avions souhaité retenir en atelier, après un vote indicatif, un certain nombre de propositions concrètes à rendre publiques rapidement. Ce processus n’a pu se dérouler comme nous l’avions souhaité étant donné le succès de la participation et les contraintes de temps que cela a générées. Mais la démarche est à reprendre pour certaines de nos prochaines initiatives. Enfin, un meilleur équilibre pour la rédaction de nos divers écrits (des compte rendus aux articles de la revue) doit être trouvé entre les permanents de l’association et les bénévoles.
Assurer notre modèle économique
Notre modèle économique ne s’appuie plus seulement sur les adhésions et les subventions, mais sur des relations de coopération avec des partenaires associés et des recherches-actions utiles aux objectifs de la Fonda et des associations, tout en nous permettant d’interroger le modèle universitaire de la recherche.
La présentation de notre budget 2009 montre la difficulté à le stabiliser. Nous en connaissons la raison principale. Nous avons réussi à impulser une première génération d’études et de recherches actions qui a été fort utile à nos travaux ou qui le sera prochainement, mais nous n’avons pas préparé en temps voulu la génération suivante. Un petit groupe de travail vient de s’y atteler et est en bonne voie pour produire quelques orientations à gérer rapidement. Cette tâche doit devenir permanente. La Fonda a vocation à intervenir sur une chaîne qui va de la recherche universitaire à la production d’outils concrets à destination des associations : à partir d’un enjeu sociétal qu’un de ses groupes de travail ou son CA a déterminé, elle propose des recherches actions qui lui permettront d’impulser en amont certaines recherches universitaires et de proposer en aval des expérimentations, des formations, des outils utiles pour les associations.
Quant à nos partenaires associés, nous allons pouvoir dans les semaines qui viennent répondre à l’attente qu’ils ont exprimée en janvier 2008 et qui nous a été si utile dans la définition de notre programme. A travers les rencontres régulières que nous avons à instaurer avec chacun d’entre eux, nous essaierons de construire un partenariat durable et consolidé qui nous rende moins dépendant de la subvention publique.
Le présent rapport s’inscrit dans la continuité de nos deux dernières assemblées générales
et notamment de la dernière que Jean-Pierre Worms avait caractérisé par le terme d’ouverture : ouverture à la diversité des adhésions ; ouverture à la diversité croissante des formes et des enjeux de l’engagement associatif ; ouverture à la diversité des partenariats ; ouverture aux évolutions sociétales et mondiales.
Il nous revient de concrétiser plus nettement ces différents axes d’ouverture en partant d’une réflexion sur ce que peut/doit être un think-tank du monde associatif. En effet nous n’avons pas encore tiré toutes les leçons de notre passé, de nos réussites, de nos échecs, de l’évolution du monde associatif pour aider les responsables et militants associatifs à « réfléchir » juste et sereinement.
Nos différences avec les think tank classiques
1/ un think tank mobilise des savoirs de toutes origines (universitaires, sociétés de conseil, entrepreneurs, responsables d’institutions). Nous faisons de même mais notre originalité réside avant tout dans l’organisation de la rencontre entre les savoirs de terrain et la recherche universitaire notamment via les recherches action ; il nous reste à peser sur les orientations de la recherche universitaire. En second lieu, nous cherchons à concrétiser cette dynamique en apportant des outils, intellectuels ou autres, au monde associatif pour qu’il se situe mieux dans les enjeux de la société d’aujourd’hui et pour qu’il réalise ses objectifs de progrès, et non à élaborer des programmes politiques.
2/ un think tank est au service de problématiques de changement. Pour la Fonda, l’objectif reste le même que celui fixé à son origine : participer à l’amélioration de la vie démocratique du pays et de sa cohésion sociale et économique, sur les bases d’une conception de la justice sociale fondée sur la solidarité, la réduction des inégalités et des distances sociales, la subsidiarité, ce qui marque nos différences avec d’autres projets associatifs, ce qui ne veut pas dire que sur certains points des réflexions et actions communes ne soient pas possibles avec ces associations.
3/ un think tank mène sa réflexion pour influer plus ou moins directement des forces politiques (ou patronales), ce que nous ne faisons pas sauf ponctuellement à travers nos manifestations comme le colloque de janvier 2007. Il nous faut certainement reprendre cette action de longue haleine en direction des parlementaires, lieu de passage obligé vers l’ensemble des forces politiques dont la réflexion sur la vie associative est indigente. Notre effort est essentiellement dirigé vers les associations. Nous sommes un think tank au service des associations, doté d’un corps de pensée qui le rend original par rapport à d’autres démarches telles que celles des clubs, des coordinations ou des grandes fédérations.
Depuis notre création, nous avons également exercé une influence certaine sur l’Etat et son administration, néammoins il reste beaucoup à faire. La vie associative, reconnue par les différents départements ministériels, ne semble toujours pas être considérée globalement par les Pouvoirs publics nationaux comme indispensable à la respiration démocratique et surtout à l’élaboration de l’intérêt général. Notre ambition serait d’élargir cette influence en direction des pouvoirs publics locaux, élus et administrations, qui assument de plus en plus des responsabilités vis-à-vis du mouvement associatif avec la volonté de contribuer avec eux à la clarification de ce que sont les contributions des associations à l’intérêt général local.
Un effort particulier doit être mené en direction des deux composantes principales des entreprises : les syndicats dont le combat pour la justice sociale nous rapproche historiquement (comme d’ailleurs des principales composantes de l’économie sociale) ; les responsables d’entreprise car, au-delà de leur prise de conscience environnementale (cf. RSE), la réflexion sur la sortie de crise devrait les conduire à chercher les conditions locales de la cohésion sociale. Mais il y a une raison essentielle qui y pousse : la puissance publique nationale ne joue plus le même rôle central qu’elle a joué dans le passé sur le développement économique ; l’État Providence, essentiel, bouge et ne peut tout assumer ; la mondialisation a conduit à affranchir les entreprises de certaines règles nationales ; lieux de création de richesses, les entreprises sont aussi des lieux de redistribution (le partage de la valeur ajoutée) qui, avec le défi environnemental et sociétal, le deviendront plus ; il est temps pour les associations d’intervenir directement au cœur du rapport économique par un dialogue constructif avec ses deux composantes.
Raisonner en termes de think tank du monde associatif comporte un certains nombre d’exigences
Du professionnalisme dans nos modes de travail, dans la valorisation de nos travaux, dans la production de savoirs (à l’instar de ce que fait notre équipe de permanents auquel il nous faut rendre un grand hommage, mais il nous faut un autre niveau de moyens financiers), en restant fidèle à ce que nous devons être : des accompagnateurs de changement, sur la chaîne « actions de terrain - recherche universitaire », en posant en amont des diagnostics pertinents sur les enjeux de société comme nous l’avons déjà fait et comme nous essayons de le faire dans le débat initié au sein du Conseil d’Administration sur la crise et ses conséquences sur les politiques de redistribution.
De l’ouverture à d’autres profils d’adhérents : nous avons constaté la fragilité d’une campagne d’adhésion de « proximité » à l’occasion de notre action pour lancer notre reconnaissance d’utilité publique. C’est la qualité de nos travaux, dans leur extrême diversité, et leur valorisation qui éveilleront de l’intérêt et l’adhésion. Mais nous ne devons pas hésiter à faire des offres d’adhésions ; nous ne recherchons pas le nombre mais la diversité des démarches, le rajeunissement des cadres…Il nous faudra cependant continuer à réfléchir aux formes d’insertion différentes de l’investissement dans les groupes de travail ; le terme de think tank peut faire peur, mais que peut faire le militant s’il ne lit pas, ne s’éduque pas, ne confronte pas …malgré son emploi du temps chargé. Donc l’ouverture n’est pas à tout prix ; nos travaux peuvent conduire, comme dans toute organisation à réduire le champ de l’adhésion.
Une meilleure connaissance de la réalité associative en Europe dont on peut apprendre beaucoup, et des réalités d’Amérique du Nord oùexistent de puissants think tank dont les travaux ne sont pas si éloignés des nôtres.
La clarification de notre positionnement institutionnel : nous ne sommes ni une association au même titre que les grandes coordinations associatives, ni un bureau d’étude au service de la CPCA, ni une excroissance de l’administration. Même si nous avons joué un rôle particulier dans l’organisation de l’influence des associations vis-à-vis de l’Etat, nous n’avons pas le même rôle que les grandes coordinations. Nous sommes un lieu d’expertise et d’influence qui puise son autorité dans son activité intellectuelle. Il nous faut donc créer un mode de relation partenarial avec la CPCA qui garantisse notre liberté de pensée, gage de la qualité de nos questionnements et propositions, et qui permette à la CPCA de bénéficier du savoir faire accumulé au fil du temps. Pourquoi ne pas imaginer la mise en débat en son sein des conclusions de certains de nos travaux ? L’adhésion de responsables de coordinations comme des principales associations n’en serait que facilitée.