Soirée débat

Soirée débat "Après les élections, quelles nouvelles pratiques démocratiques ?"

Retrouvez ici le déroulement de la soirée du 1er mars, les images ainsi que les temps forts du débat.

DEROULEMENT DE LA SOIREE

La soirée a été introduite par Pascal Dorival, président de l’association des délégués de l’économie sociale à la Macif et Pierre Vanlerenberghe, président de la Fonda.

Puis Jean-Pierre Worms a lancé le débat, animé ensuite par Philippe Merlant, journaliste, qui s’est organisé en trois temps d’échanges entre les intervenants et les participants :
- Quelles règles du jeu pour sortir de la méfiance réciproque entre élus et associations ?
- Comment associations et collectivités peuvent-elles retrouver la transversalité nécessaire à la démocratie participative ?
- Comment ouvrir l’accès à la participation citoyenne aux personnes qui en sont généralement exclues ?

(De gauche à droite : Frédérique Pigeon, conseillère de Paris et adjointe au maire du 18è arrondissement, Daniel Breuiller, maire d’Arcueil et Vice-président du Conseil général du Val-de-Marne, Philippe Merlant, journaliste, Nicole Maestracci, présidente de la Fnars, Marie-Christine Simiand, présidente du Carnacq et Loïc Blondiaux, professeur de science politique à Paris 1)

Le débat a été conclu par Céline Braillon, présidente de l’Adels.


EXTRAITS DES DEBATS

Introduction de Jean-Pierre Worms

« Face à l’ampleur et la gravité des enjeux immédiats, ceux de la crise que nous traversons, et plus encore face à ceux de demain, le sentiment se répand que les institutions publiques ont de moins en moins prise sur les réalités (…) cela entraîne une perte de confiance envers tous les éléments du système politique et finalement envers la démocratie elle-même. Cette désaffection démocratique constitue sans doute la plus grande menace à laquelle nous sommes confrontés »

« Il faut éviter que les formes de démocratie participative dans lesquelles se coule la collaboration élus / associations n’aggrave encore la césure sociale »

Pour lire l’ensemble de l’intervention de Jean-Pierre Worms, cliquez ici

Thème 1 : Quelles règles du jeu pour sortir de la méfiance entre élus et associations ?


« Les associations ont les mêmes défauts et les mêmes qualités que toutes les organisations humaines. Comme les élus, elles ont du mal à rester dans la proximité avec les citoyens » (Nicole Maestracci)

« On parle beaucoup de "diagnostics partagés", mais il ne suffit pas de dire qu’ils sont partagés pour qu’ils le soient vraiment. Il faut que le processus soit transparent, qu’il évalue les besoins y compris les besoins invisibles et pas seulement l’inventaire des demandes des gens » (Nicole Maestracci)

« Pour lever la méfiance, je crois qu’il faut déplacer le jeu sur le "travailler ensemble concrètement". Il y a quatre grands principes selon lesquels les élus devraient travailler pour coproduire avec les associations et les citoyens : ouvrir l’espace démocratique, le partager, jouer collectif et enfin évaluer, c’est-à-dire fertiliser le collectif. Pour chacun de ces objectifs, il y a des règles à se fixer et des pièges à éviter, que les élus doivent garder à l’esprit pour avancer " (Frédérique Pigeon)

La contribution écrite de Frédérique Pigeon est consultable ci-dessous (document de travail)

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« Comment partager un cadre quand les financements sont limités et fléchés, dans les circonstances que l’on connaît aujourd’hui ? Nous voudrions avoir des citoyens acteurs et non des citoyens spectateurs devant un film catastrophe, or c’est le sentiment que j’ai un peu aujourd’hui… Il est nécessaire de se donner des engagements réciproques, de travailler sur des chartes de la démocratie, de les co-rédiger : cheminer à petits pas ensemble, c’est tout à fait indispensable, et c’est un exercice très difficile » (Marie-Christine Simiand)

« Dans les relations entre élus et associations, derrière l’idée de donner des règles, un cadre clair et défini entre des élus et des interlocuteurs bien identifiés, il peut y avoir la volonté de clore l’espace de la discussion. On ne peut pas se satisfaire de cette forme d’institutionnalisation à outrance de la démocratie associative. Si l’association entend peser, il faut qu’elle ait un pied en dedans et un pied en dehors des institutions. La dimension conflictuelle, nécessaire à la démocratie, doit être maintenue : les luttes de légitimités sont vitales, les associations doivent être mises à l’épreuve concernant leur capacité à représenter des populations, dans des discussions, des conflits » (Loic Blondiaux)

Extraits du débat avec les participants

"La société ne prépare pas suffisamment à la citoyenneté."

"On se donne rarement le temps d’une véritable démocratie participative"

« On ne peut progresser dans la démocratie participative que si on avance dans la vie démocratique du pays. On n’a pas en France une tradition de vie démocratie très forte. Nous aimons bien les petites dérives monarchiques que nous vivons. Des élus sont légitimes pour être au pouvoir et d’autres non. La condition préalable à une démocratie, c’est d’accepter une vraie vie démocratique, le débat, l’autre et son avis, sinon j’ai peur que la démocratie participative ne serve d’alibi à ceux qui sont en place »

"Le problème, c’est l’articulation entre les programmes des partis élus, et le débat politique ; on constate que sous prétexte que les gens ont été élus sur tel ou tel programme, certains débats sont clos d’emblée. Sur la vidéosurveillance c’est un vrai problème"

Thème 2 : Comment associations et collectivités peuvent-elles retrouver la transversalité nécessaire à la démocratie participative ?

"Ce qui manque c’est du débat sur le sens et sur les politiques publiques que l’on souhaite mettre en place. Nous avons besoin de politique, d’institutions et de lieux de confrontation entre élus, citoyens, associations. La politique c’est d’abord essayer de penser en transversalité (...) Il y a sur beaucoup de sujets une exigence à remettre de la pensée politique dans le débat. Quand je suis devenu élu départemental, je me suis demandé au bout de quelques mois, quand est-ce qu’on allait vraiment parler politique entre nous, au sein de la majorité..." (Daniel Breuiller)

« Il faut mener les controverses avec exigences et qualités. Vive la politique, faisons de la politique, débattons de la vidéosurveillance, du logement, de l’énergie, et admettons qu’à un moment donné, il y a une part de décision. La démocratie ce n’est pas que des élections tous les six ans, on doit s’interroger sur les pratiques démocratiques entre les élections. » (Daniel Breuiller)

« Dès qu’on veut obtenir un soutien, quand on est une association généraliste qui intervient sur les thématiques démocratiques, on a du mal, on est renvoyés d’un service à l’autre. Mais c’est aussi ce qui fait aussi tout l’intérêt de ce type d’approches, et les collectivités ont tout intérêt à s’organiser pour soutenir des projets transversaux » (Marie-Christine Simiand)

« Depuis deux siècles, nous restons sur une vision aristocratique de la démocratie, l’enjeu pour nous aujourd’hui n’est pas de nous débarrasser des représentants mais de démocratiser le processus de représentation. Elle est un processus qui implique des contraintes, d’information, de transparence, de discussion. La représentation n’est pas la désignation d’un représentant mais de penser une dynamique et une légitimité de représentation » (Loïc Blondiaux)

Extraits du débat avec les participants

« Le projet de réforme des collectivités tel qu’il se trame actuellement, contient des dispositions qui peuvent entraîner des dangers majeurs pour la vie associative. La disparition de la clause de compétence générale pour les départements et régions et la limitation de celle des communes est inquiétante. C’est avec cette clause que les collectivités soutiennent des initiatives qui sont en dehors des compétences d’attributions. Des pans entiers de financement sont menacés ! »

« La défiance est davantage entre les élus et les citoyens, plus qu’entre les élus et les associations ; les associations sont dans le jeu, elles connaissent les codes »

Thème 3 : Comment ouvrir l’accès à la participation citoyenne à ceux qui en sont généralement exclus ?

« L’exclusion de la participation est pour moi la question centrale. Aujourd’hui la démocratie repose sur des catégories sociales qui vont voter, qui sont dans les associations et dans les instances de démocratie participative. Dans ce domaine là la démocratie participative ne fait pas mieux que la représentative. (…) La démocratie participative vaut-elle la peine si elle n’est pas capable de transformer cette insuffisance majeure de démocratie ? » (Loïc Blondiaux)

« Le fait d’échouer à faire participer ces personnes, parce que c’est excessivement difficile, ne doit en aucun cas justifier le fait qu’on n’essaie pas, non ! Il faut essayer, essayer, encore et encore. » (Loïc Blondiaux)

« Si on veut faire en sorte que les gens les plus exclus soient présents dans le débat, il faut l’organiser avec une méthode très rigoureuse, et non de manière spontanée : il y a des méthodes de conférences de citoyens, de consensus, des débats publics, notamment dans le travail social, etc, il faut aller plus loin sur ces questions, il me semble qu’on en est aux balbutiements de tout cela » (Nicole Maestracci)

« Dans un certain nombre de dispositifs publics, « usagers » pourrait s’écrire souvent « usagés » : les personnes sont prises comme dans des tambours de machines à laver, en raison des contraintes et procédures complexes de ces dispositifs, à tel point qu’ils sont de moins en moins perçus comme des citoyens. Je crois que c’est la grande question de demain c’est de regarder les personnes exclues comme des citoyens à part entière. Veut-on vraiment que les exclus participent au débat politique ? Les personnes exclues ne votent pas ou peu et quand on est maire, c’est plus efficace de s’adresser aux retraités, il faut le reconnaître et le savoir, et ne pas se satisfaire de cette situation ! » (Daniel Breuiller)

Extraits du débat avec les participants

« Aujourd’hui les mouvements associatifs porteurs de démarches innovantes pour la participation des personnes exclues, sont asphyxiés par le désengagement de l’Etat. On se demande vraiment aujourd’hui si l’éducation populaire a une place dans notre système. Il le faudrait »

« Il y a une envie de politique, d’engagement, mais aussi un grand désarroi sur les possibilités réelles de faire changer les choses. Il y a besoin de formation citoyenne, besoin d’aller chercher les gens dans les quartiers, de co-construction. Il faut proposer aux gens de concrètement s’investir dans des choses qui vont changer leur environnement à moyen terme »

Extraits de la conclusion par Céline Braillon, présidente de l’Adels

« Elaborer les politiques c’est bien, les faire vivre et les évaluer c’est autre chose »

« Nous devons développer et promouvoir une « Vision HQD » (Haute qualité démocratique) de notre société, et les interventions de ce soir en sont une illustration. Nous avons un grand chantier sur les formes de démocratie »

« Il nous faut cultiver le conflit comme alternative à la violence »

« Le « qui participe » est l’enjeu politique fort. Il faut se poser la question du « faire avec », à l’image d’ATD Quart-monde et des réseaux d’échanges de savoirs. Remettons en débat nos politiques sociales pour qu’elles soient co-construites ! »

« La société civile doit se sentir responsable du bien commun à co-construire. (…) Nous devons co-construire avec les collectivités, mais les élus doivent aussi nous laisser faire, nous devons nous auto-organiser »

« Nous devons faire du bouillonnement local le vivier du futur »

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