Innovation sociale

Vivre et vieillir ensemble : Habitats des possibles à Portets

Tribune Fonda N°248 - Penser la valeur pour défendre nos valeurs - Décembre 2020
Habitats des possibles
Et Anna Maheu, Carrefour des Innovations Sociales
Véritable alternative pour les retraités, les habitats partagés permettent de prolonger au maximum la vie à domicile sans quitter son territoire de cœur.
Vivre et vieillir ensemble : Habitats des possibles à Portets

Dans ces habitats en location en centre bourg, ce sont les habitants, huit à dix personnes, qui prennent en charge la gestion de leur maison, avec l’accompagnement de leurs proches et d’une facilitatrice ou d’un facilitateur.

Selon la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) le prix médian d'un hébergement permanent en maison de retraite est d’environ 1953€ par mois. A contrario, les habitats partagés sont le moins coûteux possible, grâce la mutualisation du loyer, des factures, et des espaces, l’entraide, et un accompagnement professionnel.

Ces habitats ont pour particularités d’être à basse consommation énergétique et très adaptables au vieillissement, sans être des établissements médico-sociaux. Surtout, ils sont conçus par les retraités du territoire, qui définissent leurs usages et valident les plans jusqu’à un niveau avancé.

Cette alternative répond à deux inquiétudes une fois la vieillesse venue : la perte d'autonomie et l'éloignement du cadre familial. Il n’y a pas que le bâti qui est partagé dans ces habitats, des moments privilégiés également. Les habitants choisissent quelles pièces ils souhaitent partager : cuisine, buanderie, ou jardin par exemple.

Si les espaces de vie peuvent être partagés, chaque personne dispose d’un studio privatif complet avec un espace nuit, une kitchenette et une salle d’eau, ce qui lui permet de préserver son intimité autant qu’il le désire. Il s’agit d’un modèle hybride entre la colocation et la maison individuelle : il favorise la liberté et l’intimité à travers les espaces privatifs, et l’entraide et la sociabilité avec des espaces partagés.

Si l’auto-gestion par les habitants est plébiscitée, un facilitateur sillonne les différents lieux de vie, pour appuyer les différents projets et faciliter les échanges une fois l’installation effectuée. C’est ce travail sur le temps long qui permet la rédaction d’une charte des habitants à la création de la maison, les futurs habitants étant ensuite cooptés.

Les petites communes trouvent avec cette nouvelle approche de l’habitat une solution pour maintenir la population sur le territoire mais aussi un remède contre l’isolement des personnes âgées.

L’association Habitats des Possibles a ainsi observé que des communes peu ou pas équipées en lieux de rencontres, services et commerces de proximité avaient besoin de faire naître des lieux de convivialité dans leurs bourgs.

Avant de se lancer dans un projet aussi ambitieux que la construction d’habitats partagés, l’association propose aux communes des études participatives dont des ateliers de co-construction du projet et des futurs usages avec les habitants du territoire.

Deux communes en Gironde poursuivent le projet jusqu’au terme : Lestiac-sur-Garonne et Castillon-la-Bataille.

A Castillon-le-Bataille, les futurs habitants ont pu visiter plusieurs maisons en juillet dernier pour leur habitat partagé. Dans cette commune de 3 200 habitants, le foncier bâti est en situation de déprise et de vieillissement, il reste peu de terrain disponible à bâtir.

Au-delà du bien vieillir, la création de cet habitat partagé est également l’occasion de revitaliser le centre-bourg. Les huit résidents de l’habitat partagé de Lestiac-sur-Garonne devraient quant à eux prendre possession des lieux au printemps 2022, après les travaux de réhabilitation et d’agrandissement. Leur maison comptera donc huit studios indépendants mais aussi une grande cuisine, un potager, un cellier, une salle à manger, un jardin et une buanderie.

Habitats des possibles Castillon-la-bataille


 

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