Enjeux sociétaux

Accès aux soins en territoire rural : aller à la rencontre des publics précaires et « invisibles »

Tribune Fonda N°244 - Les invisibles de la santé - Décembre 2019
Anne Parisse
Anne Parisse
Et Ordre de Malte France
Dans un territoire où les besoins en santé ne sont pas ou peu couverts par le système de santé publique, l’Ordre de Malte France propose des solutions pour renforcer l’accès aux soins des populations précaires.
Accès aux soins en territoire rural : aller à la rencontre des publics précaires et « invisibles »
Dispensaire Saint Martial  à Limoges. © Catherine de Torquat


Cet article est une contribution à la version numérique enrichie de la Tribune Fonda n°244. Il ne figure pas dans la revue papier. 


Défini par la capacité d’un individu à accéder aux ressources sanitaires et aux services de santé, l’accès aux soins est aujourd’hui un véritable enjeu de santé publique qui touche aussi bien les personnes sans papiers ou sans abri, que les travailleurs dits pauvres, les personnes âgées sans complémentaire santé, les familles monoparentales ou encore les habitants de zones périurbaines ou rurales. Les raisons d’une telle exclusion sont multiples : délais d’attente, coût des consultations et des soins, déserts médicaux, méconnaissance des droits, barrière de la langue, peur de la stigmatisation, etc.

Dernier remède à une solitude et une exclusion totales, l’Ordre de Malte France s’efforce depuis toujours, d’organiser une réponse de proximité en intervenant là où les besoins ne sont pas ou peu couverts par le système de santé publique. Son action prend ainsi tout son sens : insérée dans le réseau local sanitaire et toujours en partenariat avec d’autres associations et les organismes publics, l’association propose aux populations précaires un premier niveau de soins et de conseils afin qu’elles puissent, par la suite, s’orienter vers le système de santé de droit commun.


Un dispensaire pour accueillir les « invisibles de la santé »


Ainsi, en septembre 2017, l’Ordre de Malte France a renforcé sa présence en région Nouvelle-Aquitaine en ouvrant un dispensaire social à Limoges. Projet inter-associatif et multi-partenarial, le dispensaire Saint Martial complète le maillage territorial des services de soins ambulatoires en Haute-Vienne, région dans laquelle près de 30% des personnes ont déclaré avoir déjà renoncé à des soins1.

Émanant de ce constat, le dispensaire Saint Martial de Limoges a donc pour vocation d’accueillir des personnes sans couverture maladie qui ne peuvent se soigner, ainsi que des patients qui renoncent à certains soins spécialisés en raison de leur coût, notamment pour les soins dentaires (prothèses), ophtalmologiques (équipement optique) et dermatologiques.

Le dispensaire Saint Martial est un centre de soins spécialisés. Tous les praticiens de santé (médecins, pharmaciens et accueillants) sont bénévoles et dispensent principalement des soins ophtalmologiques, dentaires et dermatologiques, ainsi que ponctuellement des soins de médecine générale.

Les patients de la structure sont reçus gratuitement au dispensaire sur rendez-vous uniquement (il leur est proposé de faire un don libre pour participer au fonctionnement de la structure de manière à maintenir leur dignité). Tous sont adressés par un travailleur social d’une structure partenaire (Département, CPAM, CHU, association, 115, etc.), qui évalue la situation des personnes et détermine s’ils relèvent du dispensaire ou d’une autre structure de santé limougeaude avec une coordination assurée par le Centre communal d’action sociale (CCAS) de la ville de Limoges.

Depuis son ouverture le 9 octobre 2017, le dispensaire Saint Martial a accueilli près de 402 patients pour plus de 1426 consultations sur 187 demi-journées de fonctionnement, validant la place centrale qu’il a su prendre dans le dispositif sanitaire local.


Les partenariats, clés de la réussite du projet


Cette initiative est un projet inter-associatif porté par la Société Saint-Vincent de Paul, le Médico-Lions et l’Ordre de Malte France, tous trois conscients de la nécessité d’une approche collective. Elle est placée sous la gouvernance opérationnelle de l’Ordre de Malte France en raison de sa forte expérience dans le domaine de la santé.

Le succès de l’initiative repose sur le soutien actif de nombreux partenaires, en premier lieu celui de la Ville de Limoges, qui prête le local et met à la disposition du dispensaire une assistante sociale du CCAS. Le Centre Hospitalier Universitaire de Limoges et le Centre Hospitalier Esquirol sont également de précieux interlocuteurs dans les cas où les patients nécessitent des soins excédants les moyens du dispensaire. Par ailleurs, la Mutualité Française Limousine fournit les verres de lunettes et facilite l’accès gratuit à des analyses médicales éventuelles.

Enfin, le dispensaire bénéficie du soutien financier et matériel apporté par de nombreuses entreprises, fondations, organismes publics et autres associations2, et notamment la Fondation Crédit Agricole, la Fondation Française de l’Ordre de Malte et la Société de Saint-Vincent-de-Paul qui apportent un soutien financier précieux au projet.


Face à l’augmentation des demandes, un projet de bus itinérant


Depuis plus de deux ans, l’expérience a montré qu’il était parfaitement possible de faire fonctionner un dispensaire totalement bénévole dans des domaines spécialisés, que sont l’ophtalmologie, la dermatologie ou les soins dentaires. Le nombre de demandes émanant de personnes résidant en campagne augmente régulièrement, à tel point qu’il n’est pas rare de recevoir des demandes de personnes habitant en Creuse ou en Corrèze.

Les praticiens du dispensaire ayant constaté une augmentation des demandes provenant de personnes résidant en milieu rural, l’Ordre de Malte France met actuellement en place un projet de bus médical itinérant qui pourra se rendre au plus près des personnes très isolées de la campagne limousine.  

Le bus sera équipé de deux cabinets médicaux, l’un de médecine générale et l’autre d’ophtalmologie (opérer des soins dentaires dans un bus itinérant apparaissant techniquement quasi impossible à réaliser eu égard aux impératifs techniques à satisfaire pour un fonctionnement susceptible de donner satisfaction aux patients, il sera néanmoins possible de donner des consultations de prévention et d’hygiène bucco-dentaire à défaut de soins stricto sensu). L’objectif est également de doter le véhicule des équipements de télécommunication nécessaires pour fonctionner éventuellement en télémédecine.

Le bus médical prévoit de sillonner les routes deux jours par semaine à raison d’une vingtaine de patients examinés par spécialité et par « vacation ». Les rencontres avec les différents partenaires institutionnels et opérationnels sont en cours sur chacun des trois départements de l’ancienne région Limousin. Les premières visites devraient avoir lieu début 2021.

 

  • 1. Source : enquête CPAM 87 – 2017.
  • 2. Fondation Crédit Agricole Solidarité et Développement, Caisse d’Épargne d’Auvergne et du Limousin, Axione, Devopsys, EDF, Fiducial, Indigo, Menuiserie Guyot et associés, Zolpan, Pharmaciens Humanitaires d’Auvergne Matériel Médical, le Service de Santé des Armées, Medicare, Henry Schein, Pharmacie Humanitaire Internationale, société Fabrègue, Caisse Primaire d’Assurance Maladie de Haute-Vienne, Direction Départementale de la Cohésion Sociale et de la Protection des Populations (DDCSPP) de Haute-Vienne, Régime Social des Indépendants et Mutualité Sociale Agricole.
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