Les expérimentations « ESS et création de valeur »

ESS et création de valeur

De la mesure d'impact social à la chaîne de valeur élargie, évaluer la valeur sociale créée par les acteurs de l'ESS.


Ce programme de recherche-action vise à reformuler l'analyse de l'impact social à partir de la notion de « chaîne de valeur élargie », inspirée des travaux de Michael Porter, et transposée à la construction de la vision stratégique d'une organisation de l'ESS ou d'un groupe d'organisations. 

→ Voir la note de cadrage des expérimentations « ESS et création de valeur » [English version]

Pourquoi ce projet ?

Mesurer l'impact social permet de définir et piloter sa stratégie, s'améliorer, valoriser le travail des salariés et bénévoles, rendre compte à ses financeurs et partenaires, communiquer efficacement, etc. Il existe d'ores-et-déjà un grand nombre de conseils méthodologiques sur la mesure d'impact. Ils n'interrogent cependant guère les concepts qu'ils utilisent. Le concept d'impact social doit pourtant s'articuler avec d'autres concepts économiques et sociologiques dont celui de valeur.

Dans le contexte de crise écologique et sociale qui domine désormais la planète, la question de la valeur n'est pas une question purement théorique, elle est au coeur du basculement de notre vision du monde. À titre d’exemple, le Boston Consulting Group annonce un changement de paradigme, du total shareholder return (la valeur réduite à la valeur pour l'actionnaire) au total social impact. L'OCDE considère que seule une conception refondée de la valeur permettra d'échapper à l'effondrement systémique. L'UNESCO parraine la création d'une chaire de comptabilité écologique dont la première règle est que les ressources écologiques doivent être inscrites au passif du bilan des entreprises.

Notre démarche s'inscrit dans ce basculement des représentations de la valeur, en visant à rendre la création de valeur appréhendable par les acteurs de l'ESS.

La démarche

Le programme de recherche-action « ESS et création de valeur » de la Fonda vise à reformuler l'analyse de l'impact social à partir de la notion de « chaîne de valeur élargie », inspirée des travaux de Michael Porter, et transposée à la construction de la vision stratégique d'une organisation de l'ESS ou d'un groupe d'organisations.

Scéma cycle de valeur
Le modèle de la chaîne de valeur de Michael Porter appliqué ici à une structure à vocation sociale. En savoir plus.

 

L’ambition du programme est double :

  • porter une vision renouvelée des sources et des modalités de création de valeur dans l’ESS,
  • outiller les acteurs pour qu’ils puissent valoriser leur apport spécifique au développement des personnes, des réseaux d’acteurs et des territoires dans lesquels leurs activités s’inscrivent.

Chemin-faisant, la méthode expérimentée permet à la fois de soutenir le dialogue avec les partenaires financiers, de rendre compte de la valeur ajoutée d’un projet inscrit dans son territoire, mais aussi de mieux comprendre les mécanismes à l’oeuvre pour produire cette valeur.

Elle permet notamment de mettre en avant la place tenue par les activités de soutien (gouvernance, RH, communication, recherche de fonds etc.) dans le processus de création de valeur. Ces activités de soutien sont celles qui favorisent le déploiement des activités principales les plus immédiatement visibles.

Historique

Chiffres ESS CDVEntre 2017 et 2019, la Fonda a conduit, conjointement avec l’Avise et le Labo de l’ESS, une étude intitulée « ESS et création de valeur ». Celle-ci a permis de faire un état de l’art de la mesure d’impact social dans les organisations de l’Économie sociale et solidaire (ESS) et d’introduire la méthode d’analyse des chaînes de valeur en montrant qu’elle pouvait s’adapter aux activités des acteurs sociaux.

La Fonda prolonge actuellement cette étude en testant cette hypothèse sur plusieurs terrains :

  • quatre Territoires Zéro Chômeur de Longue Durée (Paris 13e, Villeurbanne, Thiers, Colombelles),
  • sept centres sociaux de deux départements (Drôme et Seine-Maritime).

Mesurer la « valeur sociale » avec le réseau des Centres sociaux

Une première phase d’expérimentation a été conduite entre juillet 2018 et juillet 2020, en s’appliquant sur le projet d’Animation de la vie sociale (AVS) porté par les centres sociaux. En effet, pour ces derniers, « l’animation de la vie sociale » est l’axe des politiques publiques au sein duquel s’inscrivent leur « projet social » faisant l’objet de l’agrément CAF.

Cette première phase de la rechercheaction entendait donc nourrir la capacité commune des CAF et des Centres sociaux à construire en commun des stratégies d’animation de la vie sociale créatrices de valeur pour un territoire et ses habitant·es. Elle a été réalisée avec la méthode d’analyse de ses chaînes de valeur, à l’échelle de deux départements, la Seine-Maritime et la Drôme. Plus concrètement, cette première phase a permis :Territoires d'expérimentation TZC CDV _ Centres sociaux

  • L’identification d’un enjeu stratégique sur lequel centrer la démarche d’évaluation

Les objectifs de l’expérimentation ont été présentés aux Centres sociaux pilotes. Les directrices et directeurs ont ensuite été amené·es à identifier un questionnement stratégique sur lequel centrer leur démarche évaluative. Chacun des enjeux stratégiques choisis par les centres sociaux pilotes comme objets de l’évaluation diffère selon les caractéristiques du territoire d’action du Centre social et les dynamiques des centres sociaux eux-mêmes. Cependant, tous ces questionnements interrogent un volet de leur projet d’animation de la vie sociale. 

  • La délimitation du référentiel et des questions évaluatives avec les parties prenantes

Sur la base des questions stratégiques identifiées, des ateliers de co-construction de référentiels et de questions d’évaluation ont été organisés au sein de chacun des centres sociaux. Ces ateliers ont réuni sur une demi-journée les différentes parties prenantes de chaque projet.

Les ateliers ont permis de reposer collectivement le contexte de l’évaluation et la question stratégique du centre social qui serait évaluée durant la démarche. Ces travaux ont conduit à une première modélisation de référentiels d’évaluation s’inspirant du schéma des « chaînes de valeur », recouvrant à la fois les transformations visées (les domaines d’impacts) et les modalités de leur production (la stratégie AVS, en distinguant activités de soutien et activités principales).

  • L’évaluation de la pertinence d’une stratégie d’AVS pour les adhérent•es-bénévoles

Les questions évaluatives issues des ateliers collectifs ont fait ressortir la nécessité de centrer l’évaluation sur les adhérent·es-bénévoles du centre social. Un questionnaire socle a ainsi été proposé aux différents centres sociaux pilotes, dont la première version a été construite à partir de recherches et d'enquêtes réalisées sur le bénévolat.

Il a servi de point de départ à la construction d’un questionnaire adapté à chacune des questions évaluatives, en vue d’être administré aux adhérent ·es-bénévoles concerné·es. Sur les cinq centres sociaux impliqués, trois ont pu mettre en oeuvre la collecte de données malgré le contexte lié à l'épidémie, et faire ressortir des enseignements évaluatifs qui nourriront leurs réflexions stratégiques.

Deux autres centres sociaux pilotes n'ont pu être accompagnés jusqu'à la collecte de données, mais ont conçu un référentiel d'évaluation sur lequel ils pourront s'appuyer par la suite.

Ces différentes expériences ont nourri une amorce de capitalisation, dont l'aboutissement principal est une synthèse méthodologique intitulée « Evaluer l'AVS : pourquoi faire ? Comment faire ? ». La principale vocation de cette approche est d'inscrire l'évaluation de l'AVS au coeur de la construction/réinterrogation d'un projet social dans le cadre des renouvellements d'agrément. Au terme de cette première phase de la recherche-action, l’ensemble des participants réunis en Copil en juillet 2020 a convenu qu’il fallait aller plus loin pour outiller les acteurs dans leur démarche d’évaluation. 

La démarche expérimentale d'évaluation du projet Territoires Zéro chômeur de longue durée

En partenariat avec l'association TZCLD, et avec le soutien de la Fondation de France et de l’INJEP, la Fonda accompagne quatre « Territoires Zéro Chômeur de longue durée » dans leur démarche d'évaluation locale : le territoire de Paris 13 depuis 2018 et, depuis mai 2019, les territoires de Colombelles (Calvados), Thiers (Puy-de-Dôme) et Villeurbanne Saint-Jean (Rhône).

Cette recherche-action, qui se poursuivra jusqu’à la fin de l’année 2021, s’est donné les objectifs suivants :

  • L’élaboration d’une évaluation locale, répondant aux besoins de pilotage des acteurs ;
  • La mise en lumière du potentiel de création de valeur locale de TZCLD, et des conditions de réalisation de ce potentiel, en établissant des comparaisons qui permettent la montée en généralité : quelles configurations territoriales initiales, quels choix d’organisation, pour quels effets ?
  • L’expérimentation de ressources méthodologiques en appui aux démarches d'évaluation locale : à quelles conditions et par quels outils inscrire l’évaluation « chemin faisant » l’expérimentation locale de TZCLD ?

Cette recherche-action mobilise la sociologie du travail et de l’action publique territoriale, et vient également nourrir un travail de recherche académique (thèse de doctorat dirigée par Chantal Drancourt du LISE/CNAM).

Elle repose sur deux principes : les questions évaluatives portent à la fois sur les transformations et sur les modalités de leur production ; les questions évaluatives et les instruments d’évaluation sont construits avec les acteurs des territoires. Ce qui signifie qu’ils s’adaptent aux attentes et aux spécificités locales.

Territoires TZC ESS VA

La démarche d’évaluation comporte trois volets communs :

LE VOLET « SALARIÉ•ES » : outre les effets sur les personnes, il s’agit de comprendre la place donnée aux salarié·es dans les dynamiques de travail des Entreprises à but d’emploi ;

LE VOLET « ACTIVITÉS » : outre l’évaluation des services et de leurs effets sur les utilisatrices et les utilisateurs, il s’agit de regarder la place donnée aux salarié·es dans leur construction, et plus globalement, leur modèle économique, dont les dynamiques partenariales ;

LE VOLET « DYNAMIQUES TERRITORIALES » : outre les effets sur les pratiques des acteurs, il s’agit de comprendre comment un « projet de territoire » comme TZCLD peut consolider des coopérations fertiles et innovantes, y compris en termes de co-construction des politiques publiques.

Sur ces trois volets, le travail d’accompagnement de la Fonda a consisté à :

  • Apporter un appui méthodologique global ;
  • Co-animer, avec les équipes de pilotage, des groupes de travail et/ou des ateliers avec des parties prenantes de l’expérimentation, pour construire des référentiels, questions évaluatives et instruments d’évaluation ;
  • Produire directement ou appuyer la production de données par des ressources humaines locales tierces (membre ingénierie territoriale, stagiaire, étudiant·es, salarié·es des EBE, etc. ) ;
  • Analyser les données collectées par la rédaction de notes et la contribution à la rédaction de rapports ;
  • Coproduire des enseignements évaluatifs. Cet appui méthodologique global permet de capitaliser à la fois sur les enseignements évaluatifs et sur la méthodologie de l’évaluation locale.


Acteurs impliqués et partenaires du projet

 

La démarche d’évaluation de l’action de centres sociaux des départements de Seine-Maritime (76) et de la Drôme (26) a pour objet de mesurer la contribution spécifique des centres sociaux au développement de leur territoire et de leur habitants. 

Co-pilotée par la Fonda avec les Caisses des allocations familiales départementales et les fédérations et réseaux départementaux des centres sociaux sur chacun des territoires concernés, ce volet de l’expérimentation est cofinancée par la Caisse nationale des allocations familiales, la Fédération des centres sociaux et sociaux-culturels de France, la MMSA et Alisfa.

parte fin exp centres sociaux

La démarche d’évaluation des quatre Territoires Zéro chômeur de longue durée (TZC), dans le 13e arrondissement de Paris, à Villeurbanne, Thiers et Colombelle, a pour objet de mesurer les multiples impacts d’expérimentations conjuguant lutte contre le chômage de longue durée et développement local.

Cette démarche d’évaluation est conduite avec l’ensemble des parties prenantes des TZC. Cette démarche est à ce stade financée par la Fondation de France, l'Injep et la Banque des territoires - Caisse des Dépôts.

ESS et création de valeur

 

Ressources sur le sujet


— Voir la note de cadrage des expérimentations « ESS et création de valeur » [English version]

— La Tribune Fonda n°248, « Penser la valeur pour défendre nos valeurs », décembre 2020

— Points d’actualité sur les expérimentations en cours

            → Monographie de La Coopération (Romans-sur-Isère)

           → Monographie de l'AMISC (Montivilliers)

           → Monographie de l'association Oxygène (Neuville-lès-Dieppe)

— Étude « ESS et création de valeur » pilotée en 2017-2019 par la Fonda, l’Avise et le Labo de l’ESS

— La Tribune Fonda n°240, « Mesure d'impact social et création de valeur », décembre 2018

— Articles divers